La lente agonie de la presse économique québécoise

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Finobuzz – La lente agonie de la presse financière québécoise

L’industrie de la presse est à l’agonie et cette tendance touche aussi le journalisme économique de plein fouet. Et c’est encore plus vrai pour la presse financière québécoise qui traîne de plus en plus des pieds face aux médias anglophones !!!

Le roi est mort, vive le roi !

Pour vous donner un petit aperçu de la situation, Finobuzz a décidé de vous faire partager un article publié dans le magazine Trente avec l’autorisation de son auteur.

Cet article a été écrit par Robert Pouliot, ancien journaliste économique et enseignant à l’ESG UQAM.

« Quel avenir pour une presse financière qui recule ?!

Malgré l’explosion du Web, la presse financière exerce encore le plus d’influence auprès des épargnants et des investisseurs, affirme François Pouliot, directeur du cahier Investir et ex-patron du Canal Argent. En particulier lorsqu’elle couvre les PME québécoises, qui échappent aux analystes financiers, à la presse anglophone et au cybermonde, indique-t-il.

Plusieurs enquêtes récentes démontrent en outre que cette presse spécialisée reste la première source de signalement de fraudes dans les entreprises. Plus, en réalité, que toutes les autres sentinelles, comme les avocats, les régulateurs, les analystes financiers et les administrateurs de société.

Et pourtant, c’est la grande déchirure. Malgré le déluge d’informations des entreprises, la complexité croissante de nouveaux produits financiers et la pression accrue de l’État et des employeurs pour que les particuliers assurent leur propre retraite, la presse financière québécoise stagne ou recule dans presque tous les groupes d’édition.

stock-photo-old-creepy-graveyard-on-stormy-winter-day-in-black-and-white-358984244La presse financière serait-elle devenue un champ de ruines ? «Transcontinental (TC), qui battait la marche jadis, n’est plus que l’ombre de son ombre », rappelle un ancien cadre.

TC accuse en effet une baisse continue d’au moins 35 % de ses équipes de rédacteurs depuis 2000. « Les lecteurs restent fidèles aux Affaires (240  000), mais c’est la pub qui nous frappe », ajoute Sylvain Bédard, éditeur du Groupe Les Affaires, qui a réussi à rentabiliser Affaires.com.

Pour lui, la fermeture la plus pénible, en mars 2014, fut celle du magazine Premium, lancé pour retenir le lectorat de Commerce, dont la parution cessa en 2009. Synthèse de différentes recherches universitaires, Premium n’a jamais pu attirer les annonceurs, même si « je n’avais jamais observé autant d’abonnés déçus ».

Recul aussi grand (35%) chez Québecor, qui n’a jamais pu mener le Canal Argent en terre ferme. Hormis Michel Girard, toute l’équipe économique du Journal de Montréal a disparu après le lock-out de 2011 et fut remplacée par l’agence QMI, dirigée à même le Canal Argent de TVA. «Québecor n’a jamais vraiment voulu faire de la vraie nouvelle d’affaires », affirme François Gagnon, qui aurait célébré 12 ans d’ancienneté en février 2016 chez Argent.

L’année 2008 fut l’amorce d’un long déclin. Québecor abandonna le projet d’un grand hebdomadaire financier qui devait justement concurrencer TC Média, où Rémi Marcoux, le fondateur de Transcontinental, abandonna à son tour l’idée de fusionner Les Affaires et Le Devoir. Ironie du sort : le point de bascule dans les deux cas fut la distribution, où les Messageries Dynamiques de Québecor, la plus grande agence de distribution de journaux et périodiques au Québec, damait le pion à TC, qui imprimait beaucoup de journaux mais n’en distribuait pas.

POLLINISATION DU GÉNÉRAL OU HARD NEWS ?

Ce recensement effectué auprès de huit éditeurs québécois dénombre près d’une centaine de rédacteurs en affaires, soit 18 de moins qu’à l’apogée de 2008. La crise de 2008 correspondait aussi au dernier grand repli financier de Montréal (cession du deuxième étage de la Bourse de Montréal à Toronto et dernier élan migratoire des courtiers vers Bay Street). « Même si Montréal conserve encore la Bourse de dérivés, aucun journaliste québécois ne s’y intéresse vraiment », affirme une administratrice.

Faute de hard news ou de contenu spécialisé, comme l’émission Classe économique, qui mua en 2013 en L’heure du monde, les médias pollinisent le général par l’économie via des émissions aussi disparates que Plus on est de fous, plus on lit et Bien dans son assiette, avec Jean-Philippe Cipriani, ou Samedi et rien d’autre, avec Michel Nadeau à Radio-Canada.

stock-vector-set-of-skulls-vector-illustration-126779525Ce phénomène de coloration émane d’ailleurs de la création du module économie multiplateforme en 2008 à la société d’État. Même effet chez Cogeco avec la vedette montante, Pierre-Yves McSween, qui intervient dans différentes émissions du jour, et les éditorialistes férus en économie publique à La Presse et au Devoir. Chez TC Média, cette pollinisation s’exprime par leur équipe d’Événements, qui a triplé en taille depuis 2010.

Le nombre des rédacteurs économiques recensés par le Trente à la fin de 2015 a glissé sous le niveau de l’an 2000, avec la chute la plus forte enregistrée depuis 2008. Selon un sondage mené auprès de huit groupes médiatiques entre décembre 2015 et janvier 2016, seule La Presse affiche une progression continue de son équipe de journalistes spécialisés, tandis que Rogers affiche une constance et que The Gazette a presque gommé son équipe pour faire place à la version amaigrie torontoise du National Post.

Lisez: Capitalisme, crowdfunding, démocratie: Sauver les médias

Seuls deux groupes maintiennent la fièvre depuis 2000. « La Presse+ n’a plus de concurrence et d’émulation », souligne JeanPhilippe Décarie, transfuge du Journal de Montréal post-lock-out. La Presse comptait 22 rédacteurs et éditeurs en affaires en 2015 et la fin du papier en semaine rajouta même une chroniqueuse an début de 2016.

Radio-Canada n’a perdu qu’un poste depuis 2000. Correspondant de Bourse à Toronto de 2001 à 2004, devenu vedette de RDI Économie bien avant la quarantaine, Gérald Fillion croit que «notre objectif est de faire la synthèse d’une avalanche d’informations quotidiennes pour faciliter la compréhension des téléspectateurs et faire le contrepoids d’une grande désinformation observée sur le Web. Notre plus grand défi est d’aller chercher les jeunes qui n’écoutent plus les médias traditionnels, tout en conservant les aînés qui détiennent le capital. En 2004, quand j’ai repris Capital-Actions, nous formions une équipe d’environ sept personnes. À RDI Économie, lancée en 2008, nous sommes un peu moins. Manquons-nous de ressources ? Peut-être pas… Mais, oui, je peux dire que plus de ressources nous permettraient de fouiller davantage. »

QUI ABOIERA DÉSORMAIS ?

Le dépouillement depuis 2008 est un phénomène universel, selon Dean Starkman, ex-reporter au Wall Street Journal, devenu rédacteur en chef du Columbia Journalism Review.

Il oppose deux formes de journalisme : le journalisme d’accès, fringant et court, qui accepte les institutions et les systèmes tels quels et dépend de l’opinion d’experts, et le journalisme d’imputabilité, plus long et lent, qui questionne, enquête et s’ouvre aux voix dissidentes.

stock-photo-still-life-with-human-skull-on-barb-wire-362605169Internet a propulsé le style d’accès. Pourtant, au zénith de ses ressources, la presse québécoise n’a même pas su reconnaître l’ampleur de la crise des papiers commerciaux en 2007 et la frayeur qui paralysa alors les milieux financiers de Montréal.

Des journaux comme Le Devoir avaient bel et bien été mis au parfum, avec sources privilégiées à l’appui, mais le silence perdura. Démunis de moyens, comment ces chiens de garde pourront-ils désormais annoncer et expliquer la prochaine crise en tenant compte de l’analphabétisme financier qui frappe encore 70% d’une population qui vieillit ?

Pour Jean-Paul Gagné, le vétéran rédacteur en chef des Affaires, il n’y a pas de secret. «Dans les années 2000, le journal comptait une centaine de pages avec 52 numéros. À la fin janvier 2016, le journal comptait 24 pages et le nombre de numéros est tombé maintenant à 48 par année. »

La condition du redressement de la presse financière dépend aujourd’hui de son aptitude à se spécialiser et à créer des niches à forte valeur ajoutée, (…). »

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